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Actualités et Événements...

Retour aux Actualités 22/02/2011

Le prochain challenge de la Tunisie: Developper des entrepreneurs

A un moment où des évènements historiques se déroulent dans les pays arabes, le World Entrepreneurship Forum a demandé à une de ses membres pionnières, le Sénateur tunisien Madame Riadh Zghal de nous éclairer sur la situation en Tunisie.

Quelle était la situation de l'entrepreneuriat avant les événements?
La situation était marquée par une politique où prévalait l'intérêt pour la forme aux dépens du fonds. Le système politique était préoccupé par le benchmarking international pour attirer les investissements étrangers et dorer le blason du régime, ce qu'il a finalement réussi : l'investissement direct étranger était en hausse mais celui national  en baisse. Le développement des entreprises est freiné par crainte du racket voire même de la mainmise de la famille et de la belle famille du président sur celles qui se montrent prospères. Pour les entreprises installées, c'est la corruption et le patrimonialisme qui freinent à la fois le développement et l'investissement dans de nouveaux projets. Ce qui évidemment alimente le chômage des diplômés de l'enseignement supérieur en particulier qui s'élèverait selon un chiffre paru récemment à 45,9% !
Parallèlement, l'Etat a multiplié les institutions de financement et de soutien à l'entrepreneuriat, les journées d'information sur les mécanismes de financement des projets destinées particulièrement aux étudiants, le "mismatching" périodique de bailleurs de fonds et porteurs de projets à travers les journées de l'entrepreneuriat organisées dans chaque gouvernorat (équivalent de préfecture). Tout cela n'a pas généré le rythme souhaité de création  en raison de plusieurs freins dont les lourdeurs administratives et leurs corollaires de corruption d'une part, et le peu d'implication de la société civile dans le soutien et l'accompagnement des porteurs de projet, d'autre part. 

Quel impact les événements actuels ont-ils sur l'entrepreneuriat dans le pays?
La situation n'est pas claire pour le moment. Nombreuses sont les entreprises qui ont souffert des troubles de la révolution et ont été victimes de pillages, incendies, grèves, sit in... Tout va dépendre de la réussite de la négociation du virage d'un régime dictatorial à un régime démocratique. Mais la démocratie est surtout comportement et nécessite un apprentissage qui peut être long, bien long! Toutefois, la solution au chômage ne peut être que l'entrepreneuriat car l'ère de l'Etat paternaliste est révolue. Malheureusement l'entrepreneuriat n'alimente pas le discours dominant aujourd'hui en Tunisie. On est accaparé par des discours axés sur deux volets : celui des juristes qui dissertent sur les formes à donner aux institutions politiques futures et celui de la dénonciation de la corruption et des crimes de Ben Ali. J'ose avancer, néanmoins, qu'une fois la situation politique stabilisée, l'environnement sera sans doute propice à l'accélération du flux de création ainsi qu'au développement des entreprises en activité. L'entrepreneuriat reste tributaire de la bonne gouvernance à instaurer et de la démocratie à construire.

Comment s'assurer que l'entrepreneuriat créant richesse et justice sociale trouve une place plus importante dans le nouvel agenda politique du pays?
Il est très difficile de répondre à cette question en ce moment car le paysage politique est en ébullition et les nouveaux partis sont créés chaque jour. Néanmoins il y a des prémisses qui poussent à l'optimisme. Il y a actuellement de jeunes patrons (30-40 ans) qui sont en train de travailler pour un changement au niveau du syndicat patronal longtemps dominé par une vieille génération de caciques. Beaucoup de ces jeunes ont été actifs dans la CJD (Chambre des Jeunes Dirigeants) tunisienne et ont contribué au développement de l'esprit d'entreprise dans les régions. Quelles que soient leurs activités futures, il me semble que l'entrepreneuriat créateur de richesse et de justice sociale ne peut se développer sans une lutte sans merci contre la corruption, une bonne gouvernance locale qui donne confiance et stimule l'engagement de la société civile dans le développement de sa communauté, la valorisation de l'innovation et l'investissement dans les activités à forte valeur ajoutée, en cohérence avec l'élévation du niveau éducatif des populations jeunes.

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Madame Zghal a été Maire Député de Sfax, Présidente du Comité Culturel Régional de Sfax, et Doyen de la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion de Sfax. Elle est aujourd'hui active dans la formation, le consulting et la recherche sur l'entrepreneuriat et le management des ressources humaines, et Présidente de Association Tunisienne Pour L'Entrepreneuriat et L'Essaimage (ATUPEE).

Contact presse:

Daniela Sutan: sutan@em-lyon.com

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